22
2011
All people imagine… (4e partie)
PLUSIEURS COURANTS POUR UNE MÊME LITTÉRATURE MAL AIMÉE
Ainsi la science-fiction représente l’un des grands courants de ces littératures de l’imaginaire, comme le sont de leur côté le fantastique, la fantasy ou l’horreur. Ceci dit, il est assez difficile de caractériser de manière définitive les différents courants existants, tant il est vrai que tous ces genres littéraires se mélangent, se télescopent allègrement, se distinguent d’un côté pour mieux se ressembler de l’autre, au point que certains “experts” s’opposent parfois quant à leur définition et à leur répartition exactes. On trouve par exemple des farouches défenseurs du “tout-en-un”, qui regroupent toutes les littératures de l’imaginaire sous la seule et unique étiquette de “Fantastique”. D’autres vont malgré tout dissocier la science-fiction du reste du lot, en appelant “Fantastique” tout ce qui ne fait pas appel à de la fiction technologique. Enfin, on notera un certain consensus autour d’une classification tripolaire répartissant les littératures de l’imaginaire entre science-fiction, fantastique et fantasy.
Quoi qu’il en soit, le point commun entre tous ces courants littéraires c’est qu’ils font généralement l’objet d’un certain mépris (pour ne pas dire un mépris certain) de la part d’une élite intellectuelle tout empreinte d’académisme et de classicisme. Pourtant, puisqu’il faut parler de littérature classique, on ne saurait nier l’importance fondamentale de certains auteurs dans ce qui fait notre culture, à l’instar de ces poètes grecs qui comme Homère relatèrent les aventures extraordinaires de héros mythologiques. Que sont donc l’Iliade et l’Odyssée, qui racontent les voyages d’Ulysse confronté à la magie des Dieux et à la cruauté de monstres fabuleux, sinon peut-être les premiers exemples d’heroïc fantasy ? N’oublions pas non plus les philosophes parmi lesquels Platon qui jeta les bases de l’un des thèmes les plus classiques de la littérature fantastique (voire de science-fiction) avec son “Atlantide“. Enfin, plus près de nous, on pourrait également citer Maupassant, Verne, Poe ou encore Villiers-de-L’Isle-Adam, Gautier, Werber…
Mais qu’à cela ne tienne, il reste de bon ton d’inviter les amateurs de “vraie” littérature à considérer ces genres “mineurs” avec toute la condescendance qui sied aux adultes pour les histoires enfantines.
8
2011
All people imagine… (3e partie)
FORCEMENT IMAGINAIRE…
Avant toute chose, il semble abusif de parler de “littératures de l’imaginaire” car cette expression recouvre à la fois un pléonasme et une généralité des plus imprécises. Un pléonasme tout d’abord, parce qu’il est évident que celui qui écrit une histoire (entendez par-là une fiction) fait oeuvre d’imagination. Tout au moins, on ose l’espérer…
C’est aussi une généralité imprécise car en utilisant l’expression “littératures de l’imaginaire” on se retrouve finalement avec tous les genres littéraires fictifs sur les bras, sans pouvoir dissocier ceux qui font vraiment appel à des concepts imaginaires de ceux qui mettent simplement en oeuvre des processus de narration fictionnelle. Les romans policiers sont eux aussi des ouvrages de fiction, donc imaginaires, comme les romans historiques, les récits d’aventure ou les histoires sentimentales.
Alors, pour regrouper des genres comme le fantastique, la fantasy ou encore la SF, peut-être aurait-on été plus inspirés de parler de “littératures de l’irréel“. Mais là encore, le terme “irréel” est un peu trop… agressif. En effet, il traduit une appréciation négative, se posant comme le contraire de ce qui est vrai, de ce qui est juste. Sans compter qu’il est relativement inaproprié puisqu’une bonne partie des récits de SF ou de fantastique partent généralement d’une situation bien réelle, que l’auteur extrapole ensuite suivant un raisonnement plus ou moins spéculatif. Le terme “imaginaire“, au contraire, possède une sorte de sensualité poétique qui vient adoucir l’aspect improbable des histoires proposées et qui fait appel à une capacité qui nous est commune à tous : rêver.
Par conséquent, on garde l’expression “littératures de l’imaginaire“, et on fait le choix arbitraire d’en extraire tous les genres qui se rapportent à des fictions strictement ancrées dans la réalité, passée ou présente, pour ne conserver que les genres littéraires qui font la part belle à l’invention, à l’étrange, à l’incroyable ou encore à l’anticipation.
À suivre : Plusieurs courants pour un même genre littéraire mal aimé
2
2011
All people imagine… (2e partie)
D’un autre côté, j’ai discuté avec de nombreux fans de Tolkien, Asimov ou Jordan qui ne percevaient pas pour autant le réel talent de ceux qui se livrent quotidiennement à l’écriture “professionnelle” (sous-entendu, les concepteur-rédacteurs, copywriters et autres professionnel de la communication commerciale notamment). D’ailleurs, il parlent plus facilement de “rédaction commerciale” dans ce cas-là , ou meme de “production éditoriale”, comme pour éviter de mêler ces activités économiques et profanes au caractère sacré de l’écrit tel qu’ils l’entendent. Mais c’est souvent aussi parce qu’ils sont de plus en plus conscients du caractère incontournable de la création de contenu sur Internet qu’ils écument désormais les journées d’information sur l’écriture professionnelle.
Ce qui est amusant, c’est que chaque groupe considère que c’est l’autre qui s’intéresse à un genre “mineur” : tandis que certains “rédacteurs sérieux” toisent les “fictionneurs immatures“, on trouve aussi de “vrais littéraires” autoproclamés qui considèrent les “scripteurs alimentaires” avec un certain mépris.
Toutefois, force est de constater que les littératures de l’imaginaire restent majoritairement les grandes perdantes en termes d’image et de crédibilité. La production de contenu, en effet, bénéficie d’une aura résolument plus mature, voire plus utile, liée à sa fonction prioritairement professionnelle. Et c’est la raison pour laquelle je me suis dit qu’il serait intéressant de revenir rapidement sur cette notion un peu obscure qui associe littérature et imagination.
C’est ce que je m’emploierai à faire dans le prochain article : Forcément imaginaire…
2
2011
All people imagine… (1e partie)
Récemment, j’ai eu le plaisir de me retrouver invité à deux manifestations culturelles qui se déroulaient la même semaine dans la même ville, l’une après l’autre. La première était une conférence sur l’importance stratégique de l’écrit dans les relations professionnelles sur Internet (et certains parmi vous connaissent mon intérêt pour la stratégie de contenu web). La seconde était une journée de rencontres autour des genres littéraires dits “mineurs” (Science-fiction, fantastique, fantasy…), lesquels semblent avoir trouvé sur Internet un nouveau champ d’expression qui leur donne comme un second souffle.
Bref, vous l’aurez compris, j’ai côtoyé un certain nombre de passionnés qui avaient en commun à la fois une activité professionnelle liée à Internet et leur intérêt pour un certain type de littérature. Tellement en commun d’ailleurs que je n’ai presque pas été surpris de retrouver quasiment les mêmes personnes aux deux manifestations. Et c’est là que je me suis rendu compte que bon nombre de personnes présentes n’avaient pas forcément une vision très précise des deux univers en question : l’écrit professionnel d’une part et les littératures de l’imaginaire d’autre part.
Ainsi je croisai des spécialistes du rédactionnel stratégique qui, tout en étant amateurs de récits imaginaires, affichaient une sorte de réserve gênée à l’égard de ces genres littéraires qu’on considère souvent comme assez puérils. Un peu comme s’ils avaient honte qu’on les voie déambuler au milieu des autres participants discutant voyage galactique et possibles formes de vie extraterrestre. Je m’attendais presque à ce que l’un d’entre eux, croisant mon regard amusé, me dise qu’il était juste un client habituel de l’hôtel dans lequel se déroulait l’évènement. Ou bien qu’il m’explique la présence du badge accroché à son pull comme la conséquence d’une simple curiosité intellectuelle envers cette faune bigarrée qui s’était réunie en marge de la conférence, bien plus sérieuse évidemment, à laquelle il venait d’assister quelques heures auparavant.
27
2011
Pensez à écrire avec un hexamètre
L’une des erreurs les plus fréquentes lorsqu’on cherche à traiter d’un sujet, c’est d’en omettre un ou plusieurs aspects essentiels. À plus forte raison lorsqu’on ne maîtrise pas très bien ledit sujet. Qu’il s’agisse de certains faits en eux-même, ou encore des circonstances dans lesquelles ils se sont déroulés ou même des acteurs en présence, certaines situations recouvrent parfois tellement de paramètres différents qu’il est facile d’un oublier quelques uns au moment d’en faire le rapport. Idem lorsque vous devez rédiger un article, ou tout simplement préparer votre prochaine campagne de communication. Bref, il semble alors judicieux de disposer d’une sorte de checklist qui puisse inciter à se poser un certain nombre de questions susceptibles de faire le tour du sujet à traiter.
Eh bien, figurez-vous que cette liste existe depuis 2000 ans, et c’est au pédagogue latin Quintilien (1er siècle de notre ère) qu’on prête la création de l’héxamètre, sorte de principe rhétorique permettant d’aborder toutes les circonstances d’un fait : la personne, le fait, le lieu, les moyens, les motifs, la manière et le temps. Ainsi, ces sept éléments reprennent l’essentiel de ce qu’il y a à savoir sur un évènement, un fait ou même une stratégie. Il s’agit d’un véritable outil de réflexion dont l’utilité va d’ailleurs bien au-delà de la simple science du discours, et nombre de penseurs, d’économistes, de philosophes ou de militaires l’ont utilisé à travers les siècles jusqu’à nos jours.
Aujourd’hui, on parle plus facilement de méthode “QQOQCCP”, acronyme mnémotechnique de “Qui, Quoi, Où, Quand, Comment, Combien, Pourquoi“. En gros, ça revient à s’interroger systématiquement sur :
- les responsables, les acteurs, la cible
- l’objectif, le résultat
- l’endroit, la position
- le moment, la durée, la fréquence
- la procédure, les moyens, la technique
- la quantité, le prix
- la justification, la raison d’être
Normalement, si votre rapport ou votre article répond à toutes ces questions, alors vous pouvez considérer qu’il remplit correctement son objectif. Mais attention, ça ne signifie pas pour autant qu’il sera exhaustif. Ni même objectif…
16
2011
Une différence de taille ?
On le sait, même s’il a été parfois présenté comme une formidable chance pour la culture universelle, Internet est avant tout un formidable réseau d’autoroutes de l’information. Et c’est vrai que sur le Net, on s’informe davantage qu’on ne se cultive. Le format des contenus publiés y est pour beaucoup. La culture a besoin d’espace pour s’exprimer et développer tous les aspects du sujet traité. De son côté, l’information ne nécessite que le strict nécessaire pour pouvoir passer, quelques lignes au milieu du flot ininterrompu de données qui se succèdent sur nos écrans.
La conséquence c’est qu’on va de moins en moins en profondeur et dès qu’une information est traitée avec un minimum d’exhaustivité, elle est tout de suite reléguée au rang de “savoir encyclopédique”, terme un tantinet poussiéreux qui l’exclut du dynamisme propre aux échanges virtuels. Un peu comme si l’information était la seule à pouvoir bouger, circuler, se partager ; tandis que la culture, du fait de sa masse et du nombre de caractères nécessaires à son épanouissement, ne pouvait plus prétendre qu’au rôle subalterne de socle de connaissances. Une sorte de lest doctrinal qui donnerait sa consistance au Web et auquel il est pourrait être intéressant de se référer… parfois.
Cet article lui-même, que certains trouvent déjà un peu trop long à lire, vient de franchir le rubicond des deux paragraphes et pourrait bien lui aussi se retrouver écarté de “l’info Web” par excellence. Nous vivons désormais de dépêches et de news, notre esprit se nourrit de scoops et de brèves, et tant pis si les sujets ne sont pas creusés, dommage pour les nuances qui pourraient être apportées avec un développement plus fouillé ; quant aux erreurs d’appréciation, on fera avec. Les lecteurs d’aujourd’hui sont des zappeurs, favorisant une vision globale (mais superficielle) du monde au lieu d’une approche plus sélective qui leur permettrait d’acquérir plus profondément un savoir spécifique.
Serait-ce l’une des clés de la distinction entre amateurs et experts ? Je crains déjà d’avoir été trop long pour pouvoir entamer le débat…
14
2011
Écrits vains
Depuis plusieurs semaines (voire plusieurs mois) vous vous appliquez quotidiennement à écrire sur votre blog, et pourtant vos statistiques n’évoluent pas d’un pouce. Quant aux commentaires, à part quelques spams que vous supprimez régulièrement, c’est le calme plat. Il faut vous rendre à l’évidence : les gens ne vous lisent pas, ou s’ils le font, ils sont visiblement peu intéressés par votre prose. Voici les 4 principales raisons qui peuvent expliquer cette situation.
Vous jargonnez
Certes, il est possible que votre blog (ou même votre newsletter) s’adresse en priorité à une certaine cible, et il est également probable que vous parliez le même langage, vos lecteurs et vous. Pour autant, n’oubliez pas que de nombreux internautes arriveront sur vos pages à partir de recherches connexes ou en suivant des liens venant d’autres horizons, et votre discours doit par conséquent être compréhensible par le plus grand nombre. De la même façon, tous vos lecteurs, même bien ciblés, ne sont pas forcément au même niveau de compétences ou de compréhension des problématiques que vous abordez. Pensez donc toujours à employer des mots simples et n’hésitez pas à expliquer certaines notions qui pourraient vous sembler évidentes mais qui ne le sont pas forcément pour des néophytes. Pensez à vos propres débuts, et mettez-vous à la place de ceux qui vous lisent. Ils ont le plus souvent besoin de renseignements et pas d’une confirmation de leurs propres connaissances. Soyez pédagogue, et imaginez par exemple que vous devez écrivez pour votre petit frère… ou votre grand-mère.
Vou fêtes des phote
Je sais, on vous rebat régulièrement les oreilles avec l’orthographe en vous disant que sa parfaite maîtrise est essentielle à une communication efficace. Idem pour la grammaire et la conjugaison. Mais c’est la stricte vérité. Je sais aussi que pour certains d’entre vous, ça peut être pénible de voir la qualité de votre travail ramenée au nombre de fautes que vous commettez. Mais dites-vous bien que la rigueur et le sérieux se voient tout autant dans la pertinence de vos informations que dans le soin que vous aurez apporté à les présenter en suivant les règles élémentaires de la langue française. Il n’y a que les paresseux et les personnes négligentes qui pensent que l’orthographe est la science des sots. Et paresse ou négligence ne sont pas des arguments forts pour inciter les gens à vous lire. D’autant qu’il peut être épuisant de tenter de déchiffrer un texte truffé de fautes ou écrit au format SMS. Donc, relisez, faites relire, et re-relisez au besoin. N’ayez pas honte d’utiliser un dictionnaire ou de demander conseils et avis autour de vous. Sachez aussi qu’à mesure que vous écrirez en prenant soin de l’orthographe, ça deviendra de plus en plus facile pour vous.
Vous tapez à côté
Vos articles sont complets, votre style est élégant et vous maîtrisez suffisamment la langue française pour écrire (presque) sans fautes. Et pourtant, votre blog est désespérément désert, malgré tous vos efforts pour le référencer de la meilleure façon qu’il soit. Mais êtes-vous vraiment certain que les sujets que vous abordez correspondent aux attentes de votre cible ? Faites un tour d’horizon des autres blogs qui traitent du même sujet que vous, lisez ce que vos lecteurs potentiels lisent eux-même et suivez les liens qu’ils s’échangent sur les réseaux sociaux. N’oubliez pas non plus de vous renseigner de manière plus globale sur le marché sur lequel ils évoluent : lisez la presse spécialisée dans leur domaine par exemple, cherchez les statistiques portant sur leurs centres d’intérêt, leurs activités, leur “écosystème”. Bref, recueillez tout ce qui a trait à vos lecteurs potentiels, et tirez-en un profil type. Ensuite seulement efforcez-vous d’écrire pour ce lecteur imaginaire, tout en laissant des ouvertures pour les autres sensibilités mineures que vous aurez détectées dans votre étude.
Vous ratissez large
L’objectif de votre blog doit être clairement défini. Il est fini le temps où on pouvait fédérer des lecteurs en ligne autour de sites pluridisciplinaires. Aujourd’hui, si vous n’avez pas d’identité propre, vous ne pourrez pas vous positionner sur un marché de plus en plus segmenté. De la même façon, assurez-vous de traiter un seul sujet à la fois dans vos articles. Rien de pire pour décourager des lecteurs que de les appâter avec un thème qui les intéresse pour ensuite les noyer dans tout un tas d’autres considérations qui n’entrent pas dans le champ de leurs préoccupations. Une idée = un article. Et si vos centres d’intérêt sont décidément trop diversifiés pour tenir sur un seul site… alors créez-en plusieurs.
9
2011
Sourires au premier degré
En 1963, le graphiste Harvey Ball répond à la demande d’une société d’assurance américaine qui voulait remonter le moral de ses troupes et crée donc, pour la somme de 45 USD, un visage souriant stylisé composé d’un rond jaune pour la tête, deux points noirs pour les yeux et un arc de cercle pour la bouche. Le smiley était né.
Aujourd’hui, le sympathique souriard a été rejoint par de très nombreux petits frères, pas toujours souriants d’ailleurs, et l’explosion des conversations sur Internet (chat, forum, messageries instantanées…) n’a fait que renforcer la présence de ces petits bonshommes au point de quasiment remplacer les signes de ponctuation traditionnels. Tout le monde s’y met, même les plus réfractaires du début, et cela pour une raison assez simple : le second degré disparaît peu à peu dans la compréhension de la langue française. Ainsi, malgré la richesse du vocabulaire disponible, et en dépit de toutes les nuances de sentiments ou d’impressions susceptibles d’être véhiculées par les mots, on pourrait croire que les gens ne savent plus faire passer leurs émotions par écrit. L’information factuelle est devenue la motivation première de l’expression écrite.
À l’instar des rires enregistrés qui sont censés souligner les passages comiques de certaines séries télévisées, les smileys sont devenus les repères indispensables pour comprendre l’intention de celui qui écrit. Car l’appauvrissement culturel qu’on connaît depuis plusieurs années en France n’a pas pour seule conséquence la perte des notions d’orthographe ou de grammaire qu’on déplore généralement chez les plus jeunes (et pas seulement…). C’est toute la notion de sens et d’évocation qui disparaît elle aussi ; les smileys sont désormais là pour pallier la finesse des discours et leur donner la tonalité affective qu’on ne sait plus faire passer autrement.
Et même chez ceux qui savent encore utiliser la langue écrite dans toute sa force émotionnelle, il devient parfois nécessaire de minorer le style employé en remplaçant les tournures de phrases trop “compliquées” par des expressions beaucoup plus sommaires… mais accompagnées de petits “émoticônes” chargés de suggérer l’humour, la colère, la tristesse ou encore le désappointement. Car en face d’eux, les lecteurs susceptibles de dépasser le premier degré se font de plus en plus rares. Tenez, un exemple tout récent : hier, je lisais un article portant sur les symboles cachés des BD de notre enfance, et ce billet était suivi d’un grand nombre de commentaires incendiaires qui reprochaient à l’auteur de voir le mal partout, de souiller l’héritage culturel international ou encore de trahir ses propres névroses dans son analyse farfelue. Seuls un ou deux intervenants ont compris qu’il s’agissait d’un texte à prendre au second degré, une sorte de pamphlet en réponse à un livre récemment paru sur le côté prétendument fasciste des Schtroumpfs.
En fait, l’auteur de cet article aurait peut-être dû employer des smileys à la fin (voire au milieu !) de chacune de ses phrases. Peut-être aussi est-il allé trop loin dans la subtilité, en oubliant qu’il écrivait sur un site Web. Peut-être enfin qu’après avoir récemment ajouté “cagole” et “tweet” dans le dictionnaire, l’Académie Française devrait entériner de manière officielle l’emploi d’émoticônes en lieu et place d’une ponctuation devenue obsolète et si peu souriante… pardon, si peu parlante.
6
2011
La plume dans l’oeil du voisin…
La presse reproche souvent aux blogueurs de faire du journalisme de bas étage. Mais que dire des journalistes qui écrivent pour la publicité ? En théorie, les journalistes professionnels, ceux qui ont une carte de presse, n’ont pas le droit d’écrire des publi-reportages. Ils ont effectivement l’obligation de ne pas produire d’écrits à caractère publicitaire (pour préserver leur indépendance et leur subjectivité notamment).
D’abord, dans les faits, de très nombreux journalistes n’ont pas de carte de presse professionnelle et ils sont souvent amenés à déroger à leur sacrosainte règle d’indépendance pour des raisons bêtement alimentaires. Quant à ceux qui en possèdent une, ils avancent comme argument que leur professionnalisme leur permet justement de faire la part des choses entre le caractère publicitaire et le caractère informatif de leur métier. Par conséquent, ils ne sentent nullement coupables lorsqu’ils acceptent ce qu’ils appellent des “ménages“, c’est à dire des écrits à vocation publicitaire (équivalent des billets sponsorisés sur certains blogs) en marge de leur activité officielle.
On peut donc s’interroger sur la géométrie variable de cette déontologie journalistique dont ils se targuent, et surtout sur la légitimité qu’il y a à critiquer chez autrui ce qu’on ne fait ni mieux ni différemment soi-même. Aurions-nous affaire à des spécialistes des “ménages” qui oublieraient pourtant de balayer devant leur porte ? Car que dire de la concurrence déloyale que les journalistes imposent aux copywriters par exemple ? Il est évident que les professionnels de la presse font valoir l’apparent prestige de leur profession auprès des clients naturels des concepteurs-rédacteurs, leur statut étant censé garantir un travail de grande qualité. Et il devient alors difficile pour certains blogueurs de se voir dénier par ces mêmes journalistes le droit de communiquer sur un mode “informatif”. Pourtant, cette même information, qui se veut résolument alternative, est tout aussi pertinente et légitime que celle des journalistes. D’autant que ces derniers, pressés par une société de l’information toujours plus exigeante en termes d’instantanéité et avide de scoops, finissent par négliger les règles élémentaires d’investigation et multiplient les informations contradictoires jusqu’à décrédibiliser totalement leur honorable profession.
Alors qui fait quoi ? Les blogueurs peuvent-ils être accusés de se prendre pour des professionnels de la presse ? Je ne pense pas que ce soit même leur ambition, et la plupart d’entre eux cherchent au contraire à donner une information originale et détachée des canons journalistiques. Il s’agit davantage de pamphlétaires, d’essayistes qui s’ignorent ou encore de chroniqueurs qui se contentent de donner un point de vue souvent personnel sur des questions précises, sans jamais prétendre détenir la vérité absolue. Quant aux journalistes, convaincus de leur supériorité et assurés d’être infaillibles, ne se perdent-ils pas à vouloir à tout prix sortir un scoop coûte que coûte, sans toujours vérifier leurs sources, au risque de perdre le lecteur en lui donnant le sentiment qu’ils n’en savent pas plus que lui ? Est-il raisonnable également qu’ils empiètent sur les plate-bandes d’autres professionnels de l’écrit (les rédacteurs commerciaux par exemple), sans vraiment maîtriser les arcanes de métiers auxquels ils ne reconnaissent aucune spécificité particulière ? Et enfin, ne mérite-t-on pas de retrouver une presse réellement indépendante (et non plus inféodée à tel ou tel idéal politique en fonction du média), débarrassée des ambitions individuelles et consciente de son rôle fondamental pour la société ?
De mon point de vue, et comme disait ma grand-mère : “chacun chez soi et les vaches seront bien gardées”.
30
2011
Quand l’imbécilité l’emporte sur l’exéma et les ognons…
Nous en parlions sur ce site récemment, en 1990 l’Académie Française a recommandé un certain nombre de simplification orthographiques qui s’installent doucement avec plus ou moins de bonheur. Et depuis un an ou deux, on s’amuse à guetter les sorties annuelles de dictionnaires (oui, bon… disons que deux ou trois érudits poussiéreux s’en amusent encore) pour y dénicher les mots qui auraient pu, à leur tour, être victimes de cette “évolution”.
Et j’aimerais justement évoquer le sort de trois mots dont les formes nouvelles risquent de connaître des fortunes très différentes. Pour ne pas dire opposées.
Tout d’abord, nous avons l’imbécil(l)ité, qui s’est toujours écrite avec deux “L” mais qui, depuis deux siècles, assure aux correcteurs de tout poil une justification de leur fonction. Car en effet, si l’étymologie impose d’écrire imbécillité (du latin imbecillitas qui désigne un manque de force physique et de réflexion), le fait d’écrire imbécile avec un seul “L” depuis 200 ans (depuis l’édition de 1798 du dictionnaire de l’Académie française) en a amené plus d’un parmi nous à en déduire naturellement une imbécilité pourvue, elle aussi, d’un seul “L”. Ce qui constituait une faute d’orthographe parmi les plus communes.
Dans ce cas, la nouvelle graphie désormais recommandée par l’Académie française (imbécilité avec un seul “L”), vient seulement valider une certaine cohérence avec l’orthographe d’imbécile. Et en ce sens, cette forme simplifiée va forcément emporter l’adhésion du plus grand nombre qui la trouvera parfaitement logique, même si elle s’éloigne alors de l’étymologie.
Le cas de l’exéma, et encore plus de l’ognon (!), risque en revanche de susciter beaucoup plus d’opposition. Car en effet, tandis que la graphie de l’imbécilité nous semble parfaitement naturelle, ces deux derniers mots nous sautent au visage comme deux vilaines “phôtes d’aurtograf” qui perturbent notre lecture. Alors certes, on finira sans doute par s’habituer, mais je crains qu’il ne faille encore quelques générations d’écoliers (et d’enseignants) pour qu’on cesse de parler d’oignons et d’eczéma.
